JEAN-BAPTISTE SAUVAGE. FORTUNE TELLER

 

exhibition from November 15 to December 20, 2014
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exposition du 15 novembre au 20 décembre 2014

Photos by Jean-Baptiste Sauvage

 

… L’élément clé de ce décor est toutefois la bande sonore: un son abstrait, presque animal, de cris suraigus qui forment une boucle répétitive et transforment le white cube en lieu du crime. Entre le concert, le cinéma d’horreur, la manifestation politique ou le massacre, c’est une atmosphère anxiogène qui contamine le contexte normé de la galerie. Le titre de l’exposition, évoquant la figure des diseuses de bonne aventure, fonctionne alors comme un piège.

« Fortune Teller » évoque l’histoire d’une supercherie: il s’agit d’un titre des Rolling Stones qui intègre l’un de leurs albums les plus ubuesques, « Got Live If You Want It! » (1966), un live bricolé, un pur produit de maison de disque qui a quasiment été renié par le groupe. Le titre « Fortune Teller » a été joué en studio avant que le label y surajoute des cris de fans préenregistrés. En choisissant d’utiliser uniquement la piste sonore des cris des fans, Jean-Baptiste Sauvage tourne son attention sur la fabrication des idoles, la mise en scène du public comme machine à susciter du mimétisme. Quel est la part de vrai et le part de jeu dans l’enthousiasme collectif? De quelle façon les techniques d’enregistrement ont changé nos rituels de célébration?

Une noirceur se dégage de l’ensemble malgré cette lumière aveuglante. Les cris des fans sont-ils de joie ou de frayeur? Il surgit l’évocation de ce fameux concert des Stones à Altamont, souvent évoqué pour signaler la fin de la période flower power où un fan a été tué par les Hell’s Angels, responsables du service d’ordre. Disposées au sol de la galerie, ces vitrines de vieux musée aux fonds rouge sang seraient elles des tombes pour une certaine mythologie libertaire du rock? Est-ce qu’elle a été remplacée par la techno et la culture des raves, où l’ampli fait figure d’objet de culte, de totem tribal devant lequel se fait directement le rite de la danse, sans l’intermédiaire des musiciens idoles.

L’artiste a choisit de se placer en contrechamp, dans l’avant ou l’après d’une performance, ou dans un entre-deux, cherchant à capter l’électricité dans l’air avant l’orage. Du white cube à la rave dans la forêt, c’est tout un langage emprunté aux rituels primitifs qui est évoqué. De cette façon il rend sensible l’artifice de tout espace scénique, que ce soit une salle de concerts ou une galerie.

P.Morais

artist’s page / page de l’artiste: JEAN-BAPTISTE SAUVAGE

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