SIMON FEYDIEU. MIMMO

 

EXHIBITION FROM MAY 19 TO JULY 1, 2017
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EXPOSITION DU 19 MAI AU 1er JUILLET 2017

 

Photos by Di Teng

MIMMO

Les mauvaises expositions invitent souvent à introduire et extrapoler longuement autour d’un titre décalé, il parait ici tout de même difficile de ne pas aborder le titre de cette première exposition personnelle de Simon Feydieu à la galerie snap.projects, exposition éponyme à la série des œuvres monochromes accrochées au mur.

Si l’on estime communément que l’abstraction est née dans les replis, les reflets, les ombres ou l’ornementation de la peinture figurative, il demeure que la figuration supplante le regard dès qu’elle émerge à la surface picturale.

Mimmo, figure invisible de l’exposition, est un prénom italien peu courant. Il peut facilement évoquer un des rares artistes italiens ayant appartenu à un courant artistique français, Mimmo Rotella. D’ailleurs plusieurs membres du Nouveau Réalisme étaient connus par leur prénom : Arman, César.  Cette exposition opère donc par soustraction et enlèvement. Une figure sans image, un prénom sans patronyme.

En 1960, l’artiste affichiste Mimmo Rotella réalise une série d’œuvres intitulée Al reverso, envers d’affiches arrachées, révélant uniquement des qualités des divers papiers, de leurs teintes, de leur grammage. C’est sans doute ce qui a guidé Simon Feydieu dans l’exploration de ce matériau contemporain qu’est l’aluminium composite : son film d’usine, sa tranche, son envers (parfois étiqueté ou imprimé de codes et numéro de production) et son cœur : une mousse plastique grise emprunte de colle.

Il n’y a pas à proprement parler d’imagerie lacérée, « défigurée », ou effacée chez Simon Feydieu si ce n’est d’un point de vue métaphorique, véhiculé par toute surface de communication vierge. En effet, l’aluminium composite de la série Mimmo est essentiellement utilisé par l’industrie comme support d’impression et de contrecollage photographique. On note cependant des fragments de textes techniques indéchiffrables, quelques lettres en gras, issus du film de protection d’usine, sérigraphié en deux couleurs, qui apparaissent sur le champ intérieur ou extérieur des « caisses américaines » des œuvres.

Les « Etudes pour Hôpital » sont des tiges de métal (aluminium pour l’une et laiton pour la deuxième) autour desquelles sont enfilés les papiers de mégots de cigarettes et de cigarillos industriels (seuls éléments «pop» de l’exposition)aux diamètres respectivement identiques. Leur espacement sur la tige métallique est régulière, correspondant à la taille du produit avant consommation; le motif variant selon la combustion de chaque mégot. Il s’agit alors d’établir des correspondances de diamètre et de calibrage entre un matériau industriel aux usages et destinations multiples et un produit industriel à l’usage déterminé et ici détourné.

Au sol, une installation Allover en camaïeu de gris forme un motif épars sur le sol de la galerie, ragréage non traité à la teinte rougeâtre. Il s’agit de copeaux de PVC obtenus en atelier par le rabotage manuel de tube de plomberie ayant fait eux-mêmes fait l’objet d’une série de sculptures monumentales. L’artiste les a passés au tamis pour les isoler des différents matières jonchant le sol de l’atelier. Il s’agit alors encore d’une soustraction, soustraire d’un atelier une matière, une couleur. Le titre 246 par terre, 4 dans la boite fait référence à un extrait du film Rainman, où Dustin Hoffman incarne un autiste doué pour le calcul, capable de dénombrer instantanément le nombre d’allumettes renversées au sol. Ironie sur la quantification et l’immersion dans une tâche insolite, cette œuvre peut tout aussi bien évoquer une grève, que la pétrification de pétales décolorés.

Les états, conditionnements, calibrage de matériaux industriels semblent habiter les différents travaux de cette exposition. Il est difficile de distinguer des produits indifférenciés. Il faut alors les travailler, les nommer. Titrer une exposition, c’est un peu comme choisir un prénom pour un enfant, une opération parfois lente, intuitive et pleine de doute, que l’on manipule un peu sous tous les angles, que l’on pèse, que l’on projette, que l’on contextualise à outrance.

Gordon Shumway

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